Quand l’immobilier dialogue avec la création, le regard change. Découvrez, à travers trois parcours singuliers, comment se dessine une même conviction : comme en art, un lieu doit raconter une histoire, susciter une émotion, déployer un imaginaire. En plus de leur casquette de consultant immobilier De La Cour Au Jardin, ils cultivent d'autres... jardins ! Chacun à leur manière, ils exercent et développent des univers. Sébastien Amieil, est artiste plasticien, Pacôme Vexlard, directeur de création de Quinsaï - une maison française de papiers peints et décors panoramiques -, et Maximin Jacquier est galeriste-antiquaire. Entretien croisé avec Pacôme, Sébastien et Maximin...
Pouvez-vous nous parler de votre démarche artistique ? D’où vous vient votre passion ? Quelle émotion ou philosophie cherchez-vous à transmettre ?
Sébastien Amieil : Ma démarche artistique s’ancre dans un geste inaugural : à dix-neuf ans, je sculptais L’Étoile à partir d’un morceau de bois flotté ramassé sur une plage corse. Ce premier contact avec la matière a fondé une pratique animée par le désir de faire émerger une forme, de faire dialoguer volumes, textures, vides et pleins. Autodidacte et affranchi des circuits classiques, je développe une approche où la matière devient vectrice d’émotion intérieure. Ma philosophie, profondément sensible, vise à traduire l’invisible. Sculpturales ou picturales, mes œuvres ouvrent un espace de respiration intime, profond et intemporel, où chaque regard peut interroger sa sensibilité et laisser émerger ses émotions.
Maximin Jacquier : Pour ma part, ma passion est née de l’observation. Dès l’adolescence, mon regard s’est porté sur les détails : ceux d’une pièce industrielle, d’un matériau, d’un contraste architectural, d’un meuble ou d’un luminaire. Cette sensibilité m’a naturellement orienté vers un art de vivre, où la forme, la matière et l’esthétique occupent une place essentielle.
Pacôme Vexlard : Pour être précis, je n’ai pas de démarche artistique dans la mesure où je ne suis pas un « artiste ». Le rôle de directeur de création consiste à explorer des idées, des envies. Il faut un certain sens de l’observation. De mon point de vue, la création est une démarche très large, presque physique et dépasse largement le visuel. Ça commence par une sensation, une idée qui accroche, une image mentale qui insiste. Ensuite, l’idée est de l’explorer, de la mettre à l’épreuve, puis de lui donner une forme claire, lisible, partageable… de la rendre réelle. Que ce soit à travers des décors chez Quinsaï, ou en accompagnant de véritables créatifs et artistes comme je l’ai fait par le passé en tant qu’agent et producteur, je fonctionne de la même façon : j’aime aider une intention à trouver son corps. Et je crois beaucoup à l’intuition qui n’a de valeur que si elle sert quelque chose — un lieu, une histoire, une proposition. Sinon, cela reste une belle idée… et les belles idées, sans exécution, finissent souvent dans un tiroir ce qui n’est pas forcément très grave. Ce qui m’anime, ce sont les hasards intelligents, ces rencontres et ces projets imprévus qui ouvrent sur un sujet qu’on ne maîtrisait pas encore. C’est excitant parce que ça oblige à rester vivant, à apprendre, à regarder autrement.
L'Étoile et Belle du Seigneur, sculptures de Sébastien Amieil
Comment qualifieriez-vous votre art ?
Maximin Jacquier : Façonné par la richesse et la diversité des mouvements du monde…
Sébastien Amieil : Mon univers plastique se situe dans une tension fertile entre abstraction et figuration, où la rigueur de la forme dialogue avec la spontanéité de l’instinct. Chaque création naît d’une confrontation au vide — bloc inerte ou toile nue — jusqu’à l’émergence d’une forme « vivante » porteuse d’émotion. Mes œuvres sculpturales, empreintes d’un surréalisme corporel, privilégient le langage du corps plutôt que la simple représentation, influencées par Giacometti et Dalí. Dans mes peintures, je développe la « sculpturalité de la couleur », où contrastes, densités, reliefs et traces d’outil créent une véritable architecture chromatique. Inspiré par Staël, Pollock, Soulages ou Richter, je travaille la couleur comme matière et sujet, oscillant entre réalisme poétique et abstraction contemporaine, à la recherche d’un équilibre subtil entre force et délicatesse, brut et fragile, ce qui s’affirme et ce qui reste à deviner.
Ces lieux qui vous inspirent… Quel rôle joue l’environnement dans votre processus créatif ?
Sébastien Amieil : Mon rapport au lieu est fondamental : chaque espace, chaque matériau, possède une mémoire silencieuse qui nourrit mon imaginaire. Les environnements dotés de caractère — ateliers, maisons anciennes ou chargées d’histoire, bâtisses de charme, architectures marquées par le passage du temps — stimulent particulièrement ma création. La nature et l’environnement, un intérieur, des huisseries patinées par le temps ou un bâtiment au cachet singulier deviennent de véritables sources d’inspiration.
Pacôme Vexlard : Pour ma part, je pense qu’il n’y a pas de “lieu magique” ni de recette universelle : une idée peut naître partout, à n’importe quel moment. Mais l’environnement agit comme un réglage fin du regard et de l’écoute : certains contextes ouvrent l’attention, d’autres la resserrent. La solitude, par exemple, peut aiguiser les perceptions et faire remonter des détails qu’on n’entendrait pas dans le bruit. À l’inverse, le milieu urbain a une vertu très particulière : il met en mouvement. Beaucoup de créatifs se sentent plus “légers” en ville, comme si l’énergie, les flux, la densité d’images et de gens libéraient quelque chose. Au fond, les lieux inspirent moins par leur prestige que par ce qu’ils permettent : se mettre dans un état — d’attention, de curiosité, de disponibilité — où les idées ont enfin la place de prendre forme.
Maximin Jacquier : L’environnement et l’histoire des lieux sont essentiels dans ma réflexion autour de la recherche d’objets et de mobilier destinés à mes clients. Les mises en scène éphémères et éclectiques présentées en galerie leur offrent un espace pour se projeter et imaginer leur propre univers. Je laisse donc une place importante au hasard et aux opportunités, favorisant ainsi une création spontanée, vivante et en dialogue constant avec l’espace.
Tables de la Galerie-Antiquités 5h00 – Uzès (Maximin Jacquier)
Comment aidez-vous vos clients à se projeter dans un bien ?
Sébastien Amieil : Mon rôle dépasse la simple transaction immobilière : il consiste à transmettre la singularité d’un lieu de vie, chargé de mémoire et de souvenirs précieux. Je ne suis pas un guide touristique, mais un accompagnateur sensible, amoureux du « beau » : je ne me limite pas à énumérer des caractéristiques ou des données techniques, je réenchante l’espace. Grâce à mon regard d’artiste, je saisis les volumes, les perspectives, les ambiances, et je perçois ce qui peut devenir lumière, mouvement ou cadre d’une vie à inventer. J’invite mes clients à voir au-delà des murs et des cloisons, à imaginer la circulation de l’énergie, la respiration des espaces, la poésie des volumes.
Pacôme Vexlard : Petite nuance… Dans l’estimation et la vente d’un bien de caractère, l’émotion et l’histoire comptent bien sûr, mais elles ne remplacent jamais le socle : l’immobilier reste d’abord une affaire de pragmatisme. Avant de tomber amoureux d’une atmosphère, nous devons vérifier que les fondamentaux tiennent debout : la lumière, les volumes, la circulation, le voisinage, les contraintes techniques, la copropriété, l’usage au quotidien… Ce sont des choses très simples, mais ce sont elles qui déterminent si un lieu fonctionne vraiment. Une fois ce socle en place, l’émotion devient un accélérateur puissant. Un bien de caractère, c’est souvent un endroit qui dégage quelque chose : une patine, une proportion, un silence, une vue, une histoire perceptible parfois sans que nous sachions l’expliquer immédiatement. Cette part ne se mesure pas au mètre carré, mais elle pèse dans la décision, et elle donne au lieu sa singularité. C’est justement ce qui guide notre recherche et l’accompagnement des clients : privilégier des biens singuliers, parfois atypiques, qui ne ressemblent pas à ce que nous voyons partout.
Comment votre "oeil d'artiste" vous aide dans votre métier de consultant immobilier ?
Maximin Jacquier : Il apporte une dimension artistique à la réflexion, ce qui permet au client d’explorer différentes possibilités d’agencements, de distributions et de circulations. Cela l’aide à aller au-delà de ce qu’il pourrait imaginer au premier regard, à prendre le recul nécessaire et, parfois, à éprouver un double coup de foudre : pour la maison et son environnement.
Sébastien Amieil : Mon « œil d’artiste » me permet de percevoir des qualités invisibles pour beaucoup : une proportion harmonieuse, un espace latent, une perspective, un potentiel esthétique. Je vois comment un lieu pourrait vibrer, respirer, exister autrement. Cet art de voir, je le mets au service de ceux qui cherchent un lieu de vie, une maison, un refuge, afin qu’ils puissent s’en approprier l’âme dès le premier regard et imaginer la vie qu’il pourrait accueillir.
Pacôme Vexlard : Effectivement, dans l’immobilier — surtout pour des biens de caractère — cette capacité à lire une lumière, une proportion, une circulation, une matière ou une ambiance aide à comprendre ce qui fait la singularité d’un lieu, puis à la traduire le plus justement possible. Mais attention, l’enjeu n’est pas d’imposer une lecture : nous sommes davantage dans la suggestion que dans l’affirmation. Nous amorçons une réflexion, nous mettons en lumière des possibles, nous ouvrons des portes… et nous laissons ensuite au client l’espace et la liberté d’y projeter sa propre interprétation, son mode de vie, et son histoire.
Décor panoramique - Quinsaï (Pacôme Vexlard)
Pour conclure cet entretien croisé, pouvez-vous nous dire quel est votre “Art de vivre” ?
Sébastien Amieil : Mon art de vivre, c’est la résonance intime entre matière, mémoire et temps. Vivre, pour moi, c’est accumuler des expériences, des traces, des émotions — c’est accueillir l’imprévu, la transformation, le silence, la lumière. C’est habiter un espace non seulement avec le corps, mais avec l’âme. C’est croire qu’un lieu, une sculpture, une toile, peuvent devenir des compagnons — des témoins de notre existence, de nos rêves, de nos fragilités. Mon art, comme ma vie, est une quête : celle du beau, de l’authenticité, de la sensibilité.
Pacôme Vexlard : J’ai plutôt un mode de vie, une façon de vivre les choses : multiple, instinctive, et profondément curieuse. J’ai besoin de bouger, de découvrir, de me frotter à des ambiances différentes. Je me nourris de cela. Et je crois davantage au déséquilibre qu’à l’équilibre. Le déséquilibre oblige à se réinventer, met en mouvement, réveille l’attention, crée de l’élan. Quand tout est parfaitement stable, on maîtrise… et on s’endort. Le déséquilibre, lui, maintient l’œil ouvert, l’esprit en alerte, et nourrit la sensibilité. Avec le recul, j’ai appris une chose simple : aujourd’hui je me trouve à un endroit, mais dans quelque temps je ne m’y trouverai peut-être plus.
Maximin Jacquier : Pour ma part, l’art de vivre consiste à transformer la vie quotidienne en une expérience enrichissante et harmonieuse, où le beau, le pratique et le plaisir se combinent. J’aime l’aborder en m’émerveillant de la nature environnante ou des moments passés autour d’une table, entre ami(e)s, jusqu’au bout de la nuit…
Reflets sur l'eau - Sébastien Amieil
À propos
Pacôme Vexlard Quinsaï est une maison française de papiers peints et décors panoramiques qui crée des « fresques d’intérieur » inspirées de la nature, des voyages, de collaborations avec des designers ou des artistes, et des créations sur-mesure pour particuliers et l’hôtellerie. Chaque décor ou motif chercher à éveiller l’imaginaire, et parfois à causer un léger vertige poétique, un peu comme si les murs murmuraient des histoires secrètes à ceux qui les regardent assez longtemps.
Sébastien Amieil
Découvrez l’univers artistique de Sébastien Amieil : sebastienamieil.com.
Maximin Jacquier Galerie-Antiquités 5h00 – Uzès
« 5h00 parce que c’est l’heure de mon réveil quotidien pour partir chiner. À la Galerie 5h00, je présente du mobilier, des luminaires, des tableaux, de la céramique et des objets. Cette galerie est avant tout un lieu de rendez-vous. Mon objectif est de scénographier l’espace chaque semaine de manière différente, comme une mise en scène vivante et évolutive. »