Les Ateliers Gonnel : le vélo qui a le bois en poupe
Les Ateliers Gonnel : le vélo qui a le bois en poupe
Fabriquer des cadres de vélo en France, avec du bois issu des forêts charentaises, dans le respect de l’environnement et selon des procédés empruntés à l’univers nautique : voilà le pari — tenu — des Ateliers Gonnel. Guillaume Bolzec, associé en charge des ventes et de la relation client, nous raconte cette aventure rochelaise aussi exigeante qu'élégante.
Bonjour Guillaume, pouvez-vous nous présenter les Ateliers Gonnel en quelques mots ?
Guillaume Bolzec : On fabrique des cadres de vélo à La Rochelle. On fait partie du 0,1 % qui continue à fabriquer des cadres en France — et en plus, on apporte une complexité supplémentaire en utilisant du bois pour fabriquer ces cadres. Pour les puristes techniques que nous sommes (experts matériaux), grâce au bois ces vélos sont plus confortables, plus agréables, plus doux à rouler que leurs concurrents traditionnels dont les cadres sont en général fabriqués en carbone.
Le bois, ce n'est donc pas seulement une question d'esthétique ?
G. B. : Non, pas du tout — même si, dans la réalité des faits, nos vélos étonnent en priorité par leur look et leur élégance. Mais pour nous, l’utilisation du bois dans la composition du cadre sert surtout le comportement du vélo, avec un rapport performance/confort inédit. Le bois permet d'offrir une pratique beaucoup plus agréable pour les cyclistes. Mais il n'y a pas que du bois dans nos cadres — sinon, ce serait justement trop confortable et pas assez léger, pas assez réactif. Notre procédé est un lamellé-collé, c’est-à-dire une association composite de plusieurs matériaux : du bois, de la fibre structurelle (carbone et lin) et de la résine, pour un bilan étonnant : confortable, réactif, léger, durable…et particulièrement joli.
Quelles essences de bois utilisez-vous, et d'où viennent-elles ?
G. B. : On travaille du peuplier, du frêne et du paulownia. Ce sont des essences issues des forêts de Charente, du Marais Poitevin et Nouvelle-Aquitaine. La fibre de lin elle, provient des cultures de Haute-Normandie.
Comment est né ce projet ?
G. B. : À l’origine, il y a trois associés. On a fait la même école d'ingénieurs entre 2005 et 2010, puis on s’est retrouvé en 2023 après une 1ère partie de carrière dans différentes industries. J'étais ingénieur d’affaires en cybersécurité, mais le cœur du projet vient des expertises de mes deux autres associés : Benjamin Boissier, le fondateur historique, a travaillé dans l'horlogerie en Suisse, puis est revenu à La Rochelle où il a été directeur de gamme chez un fabricant de trimarans de croisière haut de gamme. Bruno Merelle a été responsable outillage de production d’Airbus.
Entre le nautisme et l'aéronautique, il y a un lien évident. Qu'est-ce que cet héritage apporte concrètement à vos vélos ?
G. B. : Nous sommes des ingénieurs au sens industriel : qualité, précision, homologation. On apporte cette expertise très pointue, issue du nautisme et de l'aéronautique, pour permettre à ces vélos — malgré l'inconvénient initial d'utiliser le bois, un matériau difficile à travailler et normalement peu sportif — d'intégrer les nouvelles technologies : fibre de carbone et résine, via des procédés de mise sous vide et de moulage. Sans ce vécu dans ces industries de pointe, les vélos Gonnel n’auraient pas pu être si aboutis.
Et pourquoi avoir choisi de fabriquer des vélos ?
G. B. : Tout simplement parce que Benjamin (Boissier, le fondateur) s’étonnait que ces matériaux composites — multicouches bois / fibre de lin / fibre de carbone — utilisés depuis longtemps dans la construction navale, mais aussi la fabrication des skis, des arcs… ne soient pas du tout appliqués à la mobilité douce. C’est maintenant chose faite, et nous avons bien pris soin de déposer un brevet pour cette innovation unique au monde.
Beaucoup de gens s'interrogent sur la durabilité du bois. Un cadre Gonnel peut-il vraiment s'exposer à la pluie, au sel, aux variations de température ?
G. B. : C'est la question qui revient le plus souvent. D'abord, nos cadres ont passé avec succès l’homologation européenne (norme ISO) auprès d’un laboratoire de certification. C’est une première garantie. De plus, que nous avons testé ces vélos en conditions réelles sur des courses engagées comme le Paris-Roubaix et sur des épopées d’ultra-distance comme le Paris-Brest-Paris (1200km) et le Paris-Laponie (4300km). La durabilité est un point fort de ces vélos, grâce à leur structure composite. En protection de surface, nous appliquons les mêmes process que l’industrie nautique : un glaçage epoxy puis un vernis marin. Évidemment, pour les clients qui souhaitent être rassurés, on précise quand même que les cadres Gonnel sont garantis jusqu’à 15 ans.
Le bois ne peut donc plus bouger dans le temps ?
G. B. : La résine utilisée entre les couches de matériaux sert au collage, mais aussi à l’imperméabilisation du bois qui est imprégné, et donc devient inerte après catalyse. En définitive, on stabilise le bois. Ça reste du bois au sens écologie, look et confort — mais ce n'est plus du bois au sens organique. Il ne gonfle plus, il ne bouge plus selon les différences de pression, de température, d'humidité…
On peut venir essayer vos vélos chez vous ?
G. B. : Oui, je dirais même qu'il le faut. Ça fait partie de ce qu'on vend : une expérience immersive, une découverte technique, une rencontre avec les fabricants. Beaucoup de visiteurs ne sont pas clients, juste des curieux du savoir-faire français. Ils repartent avec des étoiles dans les yeux, et si on n'a pas signé un devis, on reçoit des remerciements et des félicitations. Que ce soit les visiteurs ou les clients, tous comprennent rapidement que le concept Gonnel est vraiment unique au monde.
François Gabart est entré au capital de Gonnel, comment s'est fait ce rapprochement ?
G. B. : On a fait une levée de fonds il y a un an, à laquelle François Gabart a participé. C'est vraiment quelqu’un de bien : en plus de nous apporter un soutien financier, il nous apporte des conseils. Il est ingénieur, entrepreneur, aventurier et il est engagé dans les innovations qui ont un impact positif sur l’environnement. Comme nous. Il y a une vraie cohérence de valeurs. Et on est ravi de savoir qu’il roule avec son Gonnel actuellement en Polynésie Française !
Quelle est votre ambition à long terme ?
G. B. : C'est peut-être un vœu pieux, mais notre objectif c'est de réindustrialiser la filière cycle française. Aujourd'hui, quasiment tous les cadres de vélos sportifs du monde sont fabriqués à Taïwan, au profit des marques occidentales. À notre échelle, on veut démontrer que fabriquer des cadres en France est possible, mais en marquant notre différence. À moyen terme, notre but ultime est de hisser Gonnel au rang de référence mondiale des vélos d’exception. Ça peut sembler ambitieux, mais les retours qu'on reçoit nous confirment que cet optimisme n’est pas infondé.
Enfin, vous n'échapperez pas à notre question fétiche : quelle est votre définition de l'art de vivre ?
G. B. : On aime bien l'adage qui dit que la performance ne doit pas forcément s'opposer au plaisir. Ce week-end encore, sur un salon, une dame qui ne faisait pas de vélo m'a dit : « c'est un objet qui donne envie. » Il donne envie de le toucher, de l'accrocher au mur, de rouler, de le présenter à des gens. Il apporte du plaisir et de la fierté, un sentiment d'appartenance et cette petite impression de changer le monde à son échelle.