Ingénieur de formation, passé par l’armée et le commerce, Augustin Petit a tout rebooté en 2021 pour devenir métallier à Bordeaux. Depuis son atelier sur les quais bordelais, il conçoit et fabrique sur mesure — escaliers, portails, garde-corps, mobilier — en acier, en bois, ou les deux. Un artisan au parler franc et qui crée, à sa mesure, de la valeur.
On vous imagine souvent dans votre atelier des quais de Bordeaux, au milieu des étincelles. Qu’est-ce qui vous a poussé, après un parcours d'ingénieur et un passage par l’armée, à tout "rebooter" pour devenir métallier ?
Augustin Petit : C’est le besoin de concret ! J'ai toujours été plus manuel que scolaire. Après avoir géré un magasin de glisse et travaillé avec un artisan dans le Sud sur de la récup’ bois-métal, j'ai eu le déclic. J'ai donc passé un bac pro en chaudronnerie et lancé "Le Petit Métallier" en 2021. Ce qui me fait vibrer, c'est de partir d'une barre d'acier brute pour arriver à un objet tangible qui a une vraie valeur ajoutée.
C’était une vocation, ou plutôt une opportunité saisie au bon moment ?
A. P. : Honnêtement, je ne dirais pas une passion — je suis davantage passionné par le surf ou la moto (rires) —, mais on a toujours bricolé dans la famille. J’ai toujours été plus manuel que scolaire. Ce qui m’a convaincu, c’est le côté concret du métier : on fabrique des éléments de zéro, grâce à des matériaux bruts, et on arrive à un projet abouti qui est vraiment valorisé. Pour moi, c’est une vraie valeur ajoutée — on crée quelque chose de tangible.
Justement, en tant que "petit métallier", quelle est l'étendue de ce que vous pouvez créer ? On parle de quoi concrètement ?
A. P. : Il n’y a quasiment pas de limites, à part la taille de mes machines ! Mon cœur de métier, c’est l’agencement intérieur et extérieur. Ce que je préfère, ce sont les escaliers : c’est le défi technique ultime, une pièce maîtresse qu'on dessine en 3D et qu'on monte "à blanc" à l'atelier. Mais je réalise aussi des garde-corps, des verrières intérieures, des portails et des portillons. J'adore aussi l'ameublement, comme créer du mobilier mixte acier et bois ou des aménagements extérieurs en acier galvanisé. J'ai même réalisé des enseignes et des présentoirs pour des boutiques. Parfois, on sort des sentiers battus : j'ai conçu un chevalet automatisé de trois mètres avec un treuil pour une artiste peintre. Que ce soit de la petite découpe laser ou de grosses structures symétriques, je touche à tout.
Votre métier, c’est aussi une histoire de rencontres. Comment gérez-vous la relation avec vos clients et les architectes ?
A. P. : C'est un aspect essentiel ! Environ 70-80% de mes clients particuliers arrivent avec une idée dénichée sur Pinterest ou Instagram. Mon job, c’est de prendre ce rêve et de lui apporter mon expertise technique pour que ce soit réalisable, durable et harmonieux. Avec les architectes, comme mes sœurs à Bordeaux, on est dans la pure exécution technique. Ils ont le concept, et moi je trouve les solutions pour que "ça tienne". En ce moment, la grande mode, c'est le minimalisme : faire le plus fin et le plus aérien possible, avec un minimum de mécanique visible. C'est là que mon passé d'ingénieur m'aide à faire des arbitrages mécaniques précis. On amène un dessin et une expertise technique. Quant au côté créatif : je ne suis pas Van Gogh (rires), je suis plutôt un bon reproducteur. Mais il y a toujours une réflexion dans la manière de fabriquer un ouvrage pour qu’il soit durable et bien réalisé.
Au final, après ces quelques années à façonner le métal, quelle est votre définition de l'art de vivre ?
A. P. : C'est avant tout l'équilibre et la liberté. Pour moi, l'art de vivre, c'est être maître de mon temps et ne plus être enfermé dans un cadre rigide. C’est cette polyvalence quotidienne — un jour je soude, le lendemain je pose — qui fait que je ne m’ennuie jamais. Créer quelque chose de mes mains, de concret, qui va rester chez le client, à partir de matériaux bruts, c'est ça qui donne tout son sens à mon métier.
Atelier : 30 Rue Joseph Bonnet, 33100 Bordeaux Instagram : @le_petit_metallier