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Anne Mondy : une vie superposée

Anne Mondy : une vie superposée

Trente ans dans la communication et la direction artistique, puis un virage délibéré vers la création. Anne Mondy est aujourd’hui artiste plasticienne, décoratrice d’intérieur et scénographe. Une vie menée à l’instinct, entre ateliers, expos et voitures de collection recouvertes de papier. Portrait.

Anne, pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Anne Mondy : Je suis artiste plasticienne, créatrice et décoratrice d’intérieur — c’est une seconde carrière, la fameuse crise du milieu de vie. Auparavant, j’ai passé trente ans dans les métiers de la communication, de la direction artistique et de la presse. Et puis, à un moment, je ne me suis plus sentie alignée avec cette activité, qui avait été une merveilleuse période de ma vie. J’ai toujours eu, je pense, une fibre artistique totalement inexploitée. Je fais du collage depuis mes 6 ans. Donc, je me suis dit, pourquoi pas ? Et j’ai eu raison, parce que petit à petit, tout ça s’est ouvert sur la décoration intérieure et la scénographie.

Quel a été le déclic ?

A. M. : C’est parti d’un projet que j’ai arrêté en cours de route : la réouverture de la piscine Molitor. J’étais directrice artistique et je me suis rendu compte que je n’étais plus du tout alignée avec la manière de travailler, avec ce qu’on attendait de moi. Je suis profondément une artiste — quand on me demande de faire de la direction artistique, je fais vraiment de la direction artistique. Pratiquement au même moment, je suis partie m’installer à Bordeaux. J’avais l’impression de tourner en rond à Paris. Et comme j’élève ma fille seule, je me suis dit : en fait, je suis libre de tout. J’ai changé de métier, je peux le faire de n’importe où. Ça a été une prise de conscience, une forme de liberté.

Le collage, c’est vraiment la colonne vertébrale de votre travail. D’où vient cette technique ?

A. M. : Ma mère était mannequin, fan de mode et achetait tous les magazines féminins. J’ai toujours vécu avec cet amas de journaux. Je l’ai vue découper des images pour noter ce qu’elle avait envie d’acheter, et je m’y suis mise assez tôt aussi, avec un tube de colle. En parallèle de mon travail, je faisais souvent des collages pour des anniversaires, des occasions spéciales.

Ma particularité, que j’ai développée bien plus tard, c’est de déchirer plutôt que de couper. J’adore déchirer — c’est très libérateur, et il en sort des choses étonnantes. C’est la superposition, la mise en scène des couleurs et de la typographie. Une œuvre est finie quand je suis passée trois jours devant elle en me disant : «là, il manque ça » ou « là, c’est trop ».

Je travaille totalement à l’artisanat : je découpe tous mes petits bouts de papier, je les trie et les range par couleurs dans mon atelier. Et je chine beaucoup d’affiches et de vieux journaux — la matière du papier ancien est incomparable, elle peut complètement relever une œuvre. Il n’y a ni Photoshop, ni IA. Tout est fait à la main, petit bout par petit bout. C’est ma marque de fabrique et j’en suis très fière.

L’avant Scène – Palais Des Congres De Paris

Vous êtes aussi décoratrice d’intérieur et scénographe. Comment cette dimension est-elle arrivée ?

A. M. : Je me projette immédiatement dans un espace — je m’en suis rendu compte parce que j’ai beaucoup déménagé. Mon père, qui était acteur et metteur en scène, me voyait depuis longtemps décoratrice de théâtre. D’une autre manière, c’est un peu ce que je fais.

Tout a vraiment commencé quand j’ai acheté 6 000 mètres carrés de terrain à Essaouira, au Maroc, et que j’ai construit ma maison de A à Z — les plans, l’intérieur, tout. Hélas, le Covid est passé par là, je n’ai pas pu superviser les travaux pendant plus d’un an, et à l’arrivée, c’était une désillusion totale. J’ai tout refait. Mais l’expérience a été absolument géniale.

C’est via cette maison que j’ai rencontré la directrice du Théâtre Actuel La Bruyère, qui me l’avait louée et qui m’a dit : « Anne, si je refais un jour le théâtre, je te veux comme décoratrice. » Un an et demi après, elle m’a appelée. J’ai tout transformé en un mois, avec un budget très serré, en chinant beaucoup, en recyclant. Ce sont les plus beaux challenges.

Vous avez notamment réalisé des œuvres sur des voitures de collection. Comment c’est arrivé ?

A. M. : Lamborghini Italie cherchait une artiste pour l’inauguration d’une grande concession dans le Sud-Ouest — quelque chose d’artistique, d’exceptionnel, de jamais vu. Ils ont regardé mes collages, et mon attaché de presse a proposé mon nom en disant : elle peut faire une mise en scène sur une Huracán et terminer l’œuvre en live devant 800 personnes. J’ai trouvé ça absolument génial.

On s’est rendu compte entre-temps que ça n’avait jamais été fait nulle part. Je suis la première artiste mondiale à avoir recouvert une voiture de petits bouts de papier. J’ai mis une semaine à faire le gros du travail, puis j’ai réalisé toute une aile en live. Sur l’ensemble de la voiture, je raconte l’histoire de Ferruccio Lamborghini — noir et blanc, les tracteurs, les origines. Il y a toujours une histoire.

Cette Lamborghini a fait beaucoup de bruit. On m’a alors contacté pour les 60 ans de la Jaguar Type E : là, j’ai fait l’intégralité de la voiture en live, sur le thème des Swinging Sixties. Puis la Fiat 500… Et là je vais bientôt faire une vieille Mercedes.

Quelle a été la commande la plus mémorable ?

A. M. : Une commande pour Alain Delon ! C’était un très bon ami d’Alain Delon qui, pour ses 80 ans, voulait lui offrir une œuvre sur tous ses animaux disparus. On m’a envoyé les photos des tombes dans sa propriété de Douchy. C’est un format 100 × 100, avec beaucoup d’animaux — et leurs pierres tombales, bien sûr.

Autant dire que le sujet demandait réflexion. C’est pas n’importe qui, et il faut que l’œuvre soit à la hauteur. Ce n’est pas juste un patchwork — mon travail, c’est qu’il y ait du liant, des couleurs, des phrases. Je l’ai fait, et je crois qu’il était très content. Avec une seule réserve : j’avais glissé un mot sur le mâle — le mâle au sens de la masculinité animale — et ça ne lui avait pas plu. J’ai trouvé ça étonnant venant de lui, mais soit.

Commande réalisée par Anne Mondy pour Alain Delon

Qu’est-ce qui vous fait vous lever le matin ?

A. M. : Mon café, d’abord. Et puis, créer. Je suis hyper créative — même sans commande, même sans expo prévue, je crée. Quand je suis à la campagne, je fais beaucoup de recherches : je me documente vraiment sur les sujets, parce que si j’ai une commande sur Apollo, par exemple, je ne veux pas mettre une bêtise sur une œuvre. Ça m’est arrivé une fois sur un tableau autour du rock d’avoir intégré quelqu’un que la personne n’a pas reconnu. Depuis, je vérifie.

Mon plus grand plaisir, c’est le moment où je suis devant ma toile. Je ne médite pas du tout et je suis plutôt hyperactive — mais là, je rentre dans une bulle. Je mets de la musique, parfois la télé en fond. Et quand je déchire mes papiers, que je les mets en scène, c’est mon moment. Je ne m’en lasse pas. Je sais aussi m’arrêter deux mois pour retrouver cette envie, cette inspiration.

Et pour finir, notre question fétiche : quelle est votre définition de l’art de vivre ?

A. M. : Avoir le temps. Le temps de vivre, le temps de profiter. C’est peut-être un luxe, en fait. Se poser dans son jardin, à une terrasse de café. Le temps, ça manque. Et c’est un art de vivre que je ne pratique absolument pas — mais quel bonheur quand ça arrive. C’est la réponse la plus spontanée, et je la garde.

 

Découvrir les œuvres d’Anne Mondy

Site internet et boutique en ligne : www.annemondy.com

Sur Instagram : @anne.mondy

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